Les grandes solitudes de Jacques Balmat

Une belle rencontre au sommet.

Par Jean-Louis Vibert-Guigue, libraire, directeur de création, éditeur et commissaire d'expositions. 

Préface du livre auto édité: Les grandes solitudes de Jacques Balmat, Paris, 2018.


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La première fois que j’ai rencontré Julien Lacroix c’était un jour de printemps ensoleillé. Un jeune homme à la belle carrure athlétique et à l’allure élégante entra timidement dans notre petite échoppe culturelle sise 6 rue de Seine à Paris. À l’ombre du palais Mazarin, monument chargé d’Histoire devenu l’académie française.

La librairie familiale, elle, est restée dans son jus depuis sa création en 1933. Elle s’efforce de maintenir l’esprit de la montagne à Paris. Lieu de rendez-vous, de rencontres ou de ralliement alpin pour nombre de lecteurs passionnés de montagne ou d’alpinisme.

Julien Lacroix est un alpiniste et un lecteur passionné.

Lors de nos premiers échanges nous avons longuement parlé de montagne, de littérature alpine, de grimpe, d’exploits et de récits. Tout en échangeant sur nos origines savoyardes.

Plus tard, nous avons parlé photographie, photographie de montagne bien sûr ! Et des auteurs-photographes. Passant de Vittorio Sella à Adolphe Braun, de La dynastie des Tairraz, à Victor Muzet, de Margain à Gay Couttet...

Modestement, un jour Julien me demanda de lui faire l’honneur de regarder ses photographies, de voir ses images prises lors de ses courses en montagne.

Je fus emballé par son travail. Surpris par sa qualité, par ses compositions, par l’humilité face à la montagne assignée. Une exigence affirmée de montrer les vides simplement dessinés par des contrastes naturels. Une approche visuelle paisible qui resserre les espaces. Je fus tout simplement séduit par son approche et sa modestie visuelle non feinte. Je découvrais des images sobres, chaleureuses. Un travail exigeant, un talent.

Peu de temps après j’exposais quelques uns de ses tirages. Plusieurs furent rapidement vendus. Deux sont très vite partis à Londres.

Un jour, Julien me parla de son projet Balmat. Un projet dual texte-image.

Balmat, jeune chamoniard conquérant, né il y a plus de 250 ans. Celui dont on disait dans la vallée « Il sait ce qu’il veut. C’est un garçon qui aime les livres. Il grimpe pour le plaisir de grimper... ». Ses mots peuvent s’appliquer à Julien.

Julien Lacroix sait avancer et montrer. Il dit la montagne. Son œil la souligne sans artifices. Quand elle se resserre et que les vides augmentent l’espace en s’ouvrant vers les ciels.

Avec Balmat Julien Lacroix met nos pas dans leurs pas. Tous deux nous montrent le sommet.

Paris, novembre 2018

© Jean-Louis Vibert-Guigue